To bee hornet to bee ! C’est la question à laquelle Anaïs Canteau, Tony Horbach, Marine Lavaud, Marin Duthoit, Alicia Faugeroux et Anne-Claire Boisson, six étudiants de Master 2 Génie cellulaire à la faculté des sciences fondamentales et appliquées, entendent répondre. Leur projet de lutte contre l’invasion du frelon asiatique vise à développer un piège spécifique grâce à la biologie de synthèse. Ils soutiendront ce projet à Boston en octobre prochain dans le cadre du concours international iGEM qui réunit autour de la biologie synthétique plusieurs milliers d’étudiants du monde entier.

Intelligence collective et mobilisation

Anaïs Canteau rappelle le contexte du concours : « la règle est de trouver une problématique actuelle, quel que soit son domaine, et de la résoudre par la biologie de synthèse ». Après de longues heures de brainstorming, le projet de lutte contre le frelon asiatique s’est imposé par son ampleur.

L’aventure à six commence alors avec l’encadrement bienveillant et très impliqué de Brigitte Vanier, la responsable de master. Marine Lavaud l’affirme, malgré qu’ils n’aient auparavant pas réellement eu l’occasion de travailler ensemble, « il s’est avéré que c’est vraiment une bonne équipe ». Ce noyau de six personnalités et compétences complémentaires, a en commun sa capacité à fédérer. « Environ 40 étudiants, constitués en équipes, travaillent avec nous sur la recherche de fonds, la communication, la recherche bibliographique… » se félicite Tony Horbach. Anaïs confie « on n’imaginait pas que ça prendrait cette ampleur. Sans ces équipes nous n’en serions pas là. »
Valagro recherche a aussi immédiatement adhéré au projet en prêtant ses laboratoires.
La Fondation Poitiers Université a rejoint l’aventure en conseillant les 6 jeunes et en finançant les 14 000 € nécessaires pour couvrir les 6 mois de stage des quatre protagonistes présents, et leur permettre ainsi de consacrer leur stage au projet, avec des manipulations en laboratoire. L’audace de ce pari de trouver un autofinancement pour le stage obligatoire à la validation du master, a été récompensée. « C’est un peu notre bébé ; on n’a pas envie de le laisser à quelqu’un d’autre » argumente Anaïs.

Les dangers de la lutte actuelle contre le frelon asiatique

Les frelons asiatiques, introduits accidentellement en France en 2004, représentent un danger pour les abeilles, déclarées espèce en voie d’extinction depuis le 30 octobre 2018. Pour faire face à cette menace, la réponse actuelle consiste à mettre en place de pièges alimentaires. Les étudiants alertent sur cette méthode aux effets pervers. En effet, tous les insectes sont attirés par ces pièges qui contribuent ainsi à des trous dans l’écosystème, même si certains pièges proposent une sélection mécanique grâce à un maillage. Face à ce constat les six étudiants ont conclu qu’il fallait modifier l’appât en utilisant des molécules issues de la signature chimique du frelon, avec lesquelles il communique avec ses congénères, pour l’attirer lui seul dans des pièges sans impacter le reste de la biodiversité.

La réponse de la biologie de synthèse

Cette discipline récente, en plein essor, propose des méthodes écologiques et respectueuses de l’environnement. Tony présente ses avantages : « les micro-organismes sont des organismes extrêmement simples, qui se reproduisent très rapidement (doublement de la population en 24 h) et facilement et sont capables de produire ce que l’on souhaite en modifiant les gênes. Il ne reste plus qu’à extraire les molécules produites. Cette méthode rapide, à la production très importante est peu coûteuse et sûre ». Marin Duthoit ajoute : « la nouveauté relative de cette discipline explique que les entomologistes n’aient pas encore fait appel à la biologie de synthèse ».

Les molécules issues de la signature chimique du frelon asiatique ont été identifiées par une équipe chinoise. « Aujourd’hui la seule possibilité qu’on a pour les récupérer est soit de les extraire du frelon ce qui est très long et coûteux, soit de les produire chimiquement, méthode onéreuse et pas écologique » résume Anaïs. « Les molécules identifiées montrent un effet attractif sur les frelons en laboratoire. On va procéder à une phase de test en extérieur. Puis nous allons essayer de les produire en biologie de synthèse ».

Objectif Boston et plus…

Prochaine grande échéance, fin octobre : le concours international iGEM. L’objectif de l’équipe poitevine est d’avoir réussi d’ici là à produire les premières molécules cibles pour établir la voie. Cette escale américaine pourrait n’être qu’une étape du projet. « On aimerait monter une start-up pour que notre projet aboutisse. Et avec une entreprise basée sur la biologie de synthèse on a tellement d’autres applications possibles, des demandes actuellement sur le marché auxquelles personne ne peut répondre » explique Marine. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les étudiants préparent en parallèle le diplôme d’étudiants entrepreneurs et bénéficie de l’accompagnement de Pépite.
Souhaitons bonne chance à ces six scientifiques pour briller à Boston et au-delà !

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