Mieux prendre en compte la santé des femmes exige avant tout de produire les données qui manquent encore cruellement à la recherche biomédicale. À 5 300 mètres d’altitude, dans la ville péruvienne de La Rinconada — la plus haute colonie humaine permanente du globe —, l’équipe d’Expédition 5300 vient de franchir une étape majeure en consacrant, pour la première fois, une mission entière à l’étude de la physiologie féminine en conditions hypoxiques extrêmes.

Combler un angle mort de la recherche en altitude

Depuis le lancement des travaux de recherche sur place en 2018, plus de 300 adultes et 600 enfants ont été examinés par les scientifiques. Pourtant, jusqu’à présent, aucune femme adulte ne figurait parmi les cohortes étudiées.

Cet angle mort est d’autant plus regrettable que les premières observations de terrain suggèrent une réalité intrigante : les femmes semblent nettement moins touchées que les hommes par le mal chronique des montagnes. L’hypothèse centrale repose sur l’effet potentiellement protecteur des hormones féminines face au manque sévère d’oxygène.

Un laboratoire de pointe déployé à 5 300 mètres

Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe de recherche — comprenant notamment Aurélien Pichon, doyen de la Faculté des Sciences du Sport de l’université de Poitiers et chercheur au sein du laboratoire Move — a déployé un véritable laboratoire de physiologie au cœur des Andes.

L’étude a mobilisé un groupe de 120 volontaires, dont 80 femmes, soumis à un protocole clinique complet :

  • Échographies cardiovasculaires pour analyser les adaptations hémodynamiques,
  • Analyses sanguines poussées (hématologie, biomarqueurs, statuts hormonaux),
  • Suivi ventilatoire et études du sommeil pour observer la réponse respiratoire nocturne à l’hypoxie.

Des retombées majeures pour la médecine générale

La portée de cette mission dépasse largement le suivi des populations d’altitude. Comprendre comment l’organisme féminin s’adapte ou résiste au manque d’oxygène présente un double intérêt clinique : améliorer la santé publique locale en proposant une prise en charge médicale adaptée aux femmes vivant dans ces environnements extrêmes mais aussi faire progresser la prise en charge de pathologies courantes, en transposant ces découvertes à des affections impliquant une hypoxie chronique, telles que l’apnée du sommeil, la bronchopneumopathie chronique obstructive ou diverses insuffisances respiratoires.

Une coopération scientifique d’envergure

Le projet Expédition 5300 est structuré sous la forme d’un Groupement d’intérêt scientifique (GIS), engageant plusieurs établissements académiques et hospitaliers de premier plan dans un programme de recherche commun : l’université de Poitiers, l’université Grenoble Alpes, l’université Claude Bernard Lyon 1, le CHU Grenoble Alpes et l’École nationale des sports de montagne (ENSM) et des partenaires scientifiques comme l’Inserm et l’IRD.

En documentant rigoureusement les spécificités biologiques féminines, cette mission illustre une ambition indispensable : garantir une médecine plus précise et équitable, fondée sur la compréhension de l’ensemble des physiologies humaines.

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