Conférence par Stéphane Bikialo, professeur de langue et littérature françaises à l'université de Poitiers et Julien Rault, maître de conférences en linguistique et stylistique à l'université de Poitiers.

Que dit-on lorsqu’on invoque « la crise » ? À quoi enjoint-on vraiment lorsqu’on prône « le réalisme » ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces « valeurs » que l’on brandit à tour de bras ?
Autant de mots particulièrement présents dans notre environnement, particulièrement prisés aussi dans les discours dominants. Autant de mots avec lesquels nous pensons, chaque jour, en fonction desquels nous agissons. En toute innocence. Car ces mots ne semblent pas devoir être interrogés, ils ont toujours l’air d’aller de soi : ils présentent comme des évidences et c’est pourquoi il est difficile, voire impossible, de s’y opposer.
Même s’ils n’ont pas le même fonctionnement que les mots traditionnels, ces mots peuvent être envisagés comme tels : ce sont des mots d’ordre insidieux, qui avancent masqués. Des formes plus discrètes, et par conséquent plus tenaces, avec lesquelles on impose de penser le monde aujourd’hui. Des mots qui, en somme, favorisent le maintien d’un certain ordre des choses. Et le maintien de l’ordre dans lequel on agence les choses. Invoqués sciemment ou repris sans intention avouée, ils sont là, bien installés, semblant décrire le réel mais énonçant surtout un point de vue, une idéologie.

Stéphane Bikialo, Julien Rault, Au nom du réalisme, Usage(s) politique(s) d’un mot d’ordre, éd. Utopia, 2018.

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