De tout temps, les instruments innovants, -appelés aussi prototypes- ont été le résultat d’un savoir-faire, et de la « science en train de se faire ». L’université de Poitiers à travers ses collections de physique, aussi bien d’instruments du 19ième siècle que ceux issus du Fonds Albert Turpain (début 20ième siècle) ou même des prototypes contemporains conçus et fabriqués par les équipes de recherche est le témoin de l’évolution des développements scientifiques et des travaux en cours dans les domaines de la Physique et des Sciences pour l’Ingénieur.

Les trésors de recherche des laboratoires: vers une prise de conscience

Les premiers instruments de physique, sont contemporains de la création de la Faculté des sciences en 1854, et de l’ouverture de la 1ère chaire de Physique, occupée par le professeur Alexandre Lallemand (1816-1886). La Collection s’est ensuite enrichie régulièrement et parfois de manière importante sous l’impulsion de certains physiciens de Poitiers, tels qu’Albert Turpain (1867-1952). Ce spécialiste de l’électricité, figure politique controversée et directeur de l’institut de Physique de l’’université de 1907 à 1937, va instaurer une amorce de patrimonialisation des collections tout à fait essentielle et remarquable pour l’époque, qui vont assurer leur reconnaissance même outre-manche.

Aujourd’hui, à l’abri des regards, ces instruments sauvés un jour, parce qu’ils pourraient être réutilisés en pièces détachées ou qu’ils présentaient un certain attrait esthétique, s’effacent progressivement de la mémoire de ceux qui les ont conservés et de leurs successeurs. Force de ce constat, de l’urgence de la situation liée à la dispersion et à l’éclatement de la Collection, nous avons entrepris dès 2016 un travail régulier de sauvegarde qui a permis l’identification et la préservation de plus de 300 instruments, dont certains sont des pièces patrimoniales rares, telles que la machine de Wimshurst, seul exemplaire sur pied connu avec celui du Musée des Arts et Métiers et ayant été présenté lors de l’exposition universelle de 1889 à Paris.

Ce patrimoine, composé d’objets témoins de l’enseignement et de la recherche de pointe universitaire, tout comme de produits issus de programmes industriels, constitue dans sa grande diversité la mémoire vivante des développements scientifiques portés par l’établissement et un outil privilégié dans la transmission des savoirs scientifiques et techniques.

Aujourd’hui, beaucoup de travail reste encore à faire, notamment sur d’autres Fonds et même avec les bonnes volontés, il faut toujours maintenir l’ambition de convaincre les plus dubitatifs !

Vers un recensement structuré (programme PATSTEC) avec l’identification de prototypes

Les instruments scientifiques, quelques soient les époques ou les domaines scientifiques d’application, ont toujours été des outils indispensables à la recherche, aussi bien pour observer, mesurer, contrôler ou même analyser. Bon nombre d’établissements universitaires dépositaires de ce savoir et ce savoir-faire patrimonial, participent à une mission nationale de sauvegarde, intitulée Patstec et pilotée par le CNAM. Outre, la mise en place d’une base de données accessible à tout public (http://www.patstec.fr/PSETT), l’objectif de ce programme est d’assurer un rôle d’expertise dans la sauvegarde de ce patrimoine spécifique et de promouvoir sa valorisation à travers des actions de communications scientifiques, portées à l’échelle d’un réseau national constitué d’organismes d’enseignement supérieur et de recherche ainsi que d’entreprises (Essilor, Fondation EDF, Michelin, Schneider-Électric…).

Sur Poitiers, la tache menée par la mission Poitou-Charentes (Nouvelle Aquitaine) s’est orientée depuis deux ans sur le recensement de prototypes (« premier exemplaire ou type de la production publique ou industrielle »), issus des équipes de recherche de la Faculté des Sciences. Plusieurs instruments ont d’ores et déjà été identifiés dont l’implanteur ionique JANO-Evasion. Ce fleuron technologique du début des années 80, avait été conçu sur les mêmes plans que l’implanteur IRMA d’Orsay, par le laboratoire de métallurgie physique (LMP), aujourd’hui un département de l’institut Pprime de Poitiers (UPR CNRS 3346). Les équipes y avaient adjoint une chambre de dépôt par pulvérisation ionique (Evasion) et plusieurs portes objets, tous aménagés et fabriqués en interne. Cet instrument a conduit durant plusieurs décennies à développer de nouveaux axes de recherche innovants comme l’irradiation des alliages à base d’aluminium, le mélange ionique des multicouches métalliques par choc, ou la création de nouveaux matériaux…

Cet instrument sera présenté lors de l’exposition « Prototypes, de l’expérimentation à l’innovation » au Musée des Arts et Métiers (Paris) à partir de mars 2020. Un projet de communication scientifique associé aux collections de Physique sera aussi mis en place lors des journées du Patrimoine 2020 au sein de l’université.

 

Photographie de la Salle des collections de l’Institut de physique de Poitiers, cliché Jane Rogeon 1933

Photographie de la Salle des collections de l’Institut de physique de Poitiers, cliché Jane Rogeon 1933

Photographie de l’implanteur JANO en fonctionnement dans les années 1978-1981.

Photographie de l’implanteur JANO en fonctionnement dans les années 1978-1981.

 

Bobine production d’un champ tournant issue du Fonds Turpain - UP-PHY-2/ Université de Poitiers/CVCU

Bobine production d’un champ tournant issue du Fonds Turpain – UP-PHY-2/ Université de Poitiers/CVCU

 

 

Géraldine Garcia
Maitre de conférences à l’UFR SFA, paléontologue, responsable des collections scientifiques de l’université de Poitiers et directrice du CVCU. Responsable de la mission Patstec Poitou-Charentes

Anny Michel
Maitre de conférences à l’UFR SFA, physicien au laboratoire P’prime (UPR 3346).

Zoé Mrani Alaoui
Titulaire du master Patrimoine & Musée (Univ. Poitiers). Actuellement volontaire mission service civique CVCU/Faculté des Sciences

Jérôme Pacaud
Maitre de conférences à l’UFR SFA, physicien au laboratoire P’prime (UPR 3346).

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