L’équipe de paléontologues du laboratoire Palevoprim (Université de Poitiers – CNRS) vient de franchir une étape majeure dans la compréhension des écosystèmes continentaux européens du Crétacé supérieur. Grâce à de nouvelles analyses menées sur les fossiles de micro-vertébrés, les chercheurs annoncent la découverte et l’identification de six nouveaux taxons de « lézards » et d’amphibiens, enrichissant de manière significative la connaissance des faunes ayant vécu il y a plus de 80 millions d’années, au début du Campanien. Cette étude vient de paraître dans la revue Papers in Palaeontology.
Une découverte de terrain sur un chantier-école
Cette étude menée par Olivier Jansen, jeune docteur au sein du laboratoire Palevoprim (Université de Poitiers – CNRS) et à travers des chantiers-écoles pilotés par Xavier Valentin, ingénieur d’étude au laboratoire Palevoprim (Université de Poitiers – CNRS), l’exploitation paléontologique récurrente du site minier de Villeveyrac a permis la découverte de très nombreux fossiles. Des fossiles de vertébrés associés à des restes de végétaux pourraient traduire divers habitats au sein d’un même écosystème continental de la fin du Crétacé (Campanien). Parmi ces découvertes, citons plusieurs groupes de dinosaures, tels que l’ankylosaure cuirassé, Struthiosaurus languedocensis, deux ornithopodes, (l’endémique iguanodontidé basal Rhabdodon et une petite forme indéterminée) et au moins deux théropodes (Dromaeosauridae et Abelisauridae indet.). D’autres groupes de reptiles plus représentatifs de cette période incluent des tortues, des crocodiles eusuchiens et un mosasaure d’eau douce. De plus, des séries importantes de lavage-tamisages ont permis de livrer un abondant matériel de micro-restes d’amphibiens et de squamates (lézards et serpents) restés peu connus et sous-estimés jusqu’à ce jour.
Une avancée scientifique majeure
L’étude publiée dans Papers in Paleontology comble enfin cette lacune, avec un nouveau jalon remarquable dans un registre fossile très incomplet, alors que les gisements continentaux du début du Campanien sont particulièrement rares au niveau Européen. 12 taxons d’amphibiens et de squamates ont été identifiés dont une salamandre aquatique archaïque (Batrachosauridae), un lézard de grande taille, proche du Shinisaurus actuel (lézard crocodile de Chine), potentiellement semi-aquatique et un iguanomorphe, un autre groupe de lézards de plus petite taille, ici très proche des formes connues dans le crétacé de Mongolie.
L’Europe, au carrefour des échanges fauniques
Le Crétacé supérieur se caractérise par de fortes variations du niveau marin (cycles de transgression-régression) et par le début d’un refroidissement climatique mondial. Dans une Europe constituée d’archipels, ces changements, combinés à une tectonique active, vont créer des ponts terrestres temporaires, de véritables corridors permettant des phases de dispersion de nombreux groupes d’animaux terrestres dont les plus inféodés aux milieux aquatiques. Ces découvertes à Villeveyrac permettent de préciser les modèles de dispersions des groupes d’amphibiens et squamates découverts durant une période marquée par des changements environnementaux drastiques.
Cet écosystème qui apparait particulièrement luxuriant, sous des conditions climatiques subtropicales, fournissait dans un système de plaines d’inondation, des habitats variés à des animaux d’une grande gamme de tailles au sein d’un réseau trophique complexe. Villeveyrac apparait comme un site paléontologique de référence pour le Crétacé supérieur en Europe. Il ouvre la voie à de nouvelles recherches sur l’évolution, la diversité et les dynamiques biogéographiques de ces petits vertébrés ectothermes.
Référence de l’article
Freshwater amphibians and squamates from Villeveyrac (lower Campanian, Hérault, France): palaeodiversity, palaeoenvironment and implications for the Late Cretaceous palaeobiogeography of European herpetofauna.
Olivier Jansen, Géraldine Garcia, Olga Otero, Marc Augé, Bernard Gomez and Xavier Valentin, Palaeontology (DOI: 10.1002/spp2.70055)
O. Jansen, G. Garcia, O. Otero et X. Valentin (Université de Poitiers, Palevoprim UMR 7262, France), B. Gomez (Université Lyon 1, LGL-TPE UMR 5276, France) et M. Augé (MNHN Paris, CR2P UMR 7207)
Informations complémentaires
Cette étude menée par Olivier Jansen, jeune docteur au sein du laboratoire Palevoprim (UMR 7262) a été réalisée dans le cadre d’un projet Recherche Nouvelle Aquitaine « AquaPal » et soutenu financièrement par l’Université de Poitiers, le CNRS et des collectivités dont la commune de Villeveyrac.