Émilie Guichard, doctorante de l’université de Poitiers, sonde nos comportements pour comprendre quels leviers peuvent être activés pour nous inciter à réduire l’impact de nos déchets. Après un premier travail réalisé en 2019 auprès des habitants de Grand Poitiers, elle vient de déployer une enquête auprès des étudiants de l’université. A travers son travail, cette passionnée de la psychologie sociale nous explique comment les interactions avec notre environnement physique et social influencent nos comportements.

Après son master, Émilie s’est spécialisée dans l’ingénierie psychosociale des comportements. Elle y voit l’opportunité de concevoir des actions de prévention plus efficaces là où les structures publiques ne saisissent pas pourquoi certaines mesures ne sont pas comprises et où les comportements peinent à changer. En travaillant pour Grand Poitiers, qui finance sa thèse CIFRE au sein de l’équipe Cognition Sociale du laboratoire CeRCA, Émilie essaye de comprendre les freins au tri des déchets et particulièrement des biodéchets (restes alimentaires et déchets biodégradables) : « Nous avons réalisé fin 2019, une première enquête afin d’identifier les facteurs explicatifs et les transformer en leviers de changement ».

L’enquête a révélé l’importance de la norme personnelle, l’obligation morale ressentie par un individu ainsi que le sentiment d’être capable ou non de pratiquer le tri. Ce sentiment est lui-même influencé par des aspects émotionnels (satisfaction ou dégout) et des aspects techniques (disponibilité du matériel, consignes…). En effet, les déterminants les plus pertinents étaient la question du stockage au plus près du comportement, dans la cuisine : « qu’est-ce que je fais des déchets avant de l’emmener au composteur public ou dans mon jardin ? », et l’accessibilité des explications données : « qu’est-ce que je peux mettre dans le compost ? ».

En 2020, Grand Poitiers a lancé une opération de distribution de composteurs dans une partie des foyers. Les éléments fournis par Émilie ont conduit le service Déchets à proposer également un « bioseau » de cuisine et à redessiner le document de consignes. Émilie coordonne actuellement l’évaluation de l’impact de cette action sur les comportements.

Entre normes personnelles et normes sociales

« La norme personnelle nourrit mes recherches en laboratoire » explique Emilie. « La littérature scientifique est assez pauvre sur ce sujet alors qu’il s’agit d’un déterminant central des comportements pro environnementaux ». Pour éveiller cette norme personnelle, il faut qu’un individu ait conscience d’un problème donné (par exemple la pollution), qu’il perçoive l’efficacité d’un comportement préventif (moins utiliser la voiture) et qu’il se sente responsable s’il n’agit pas lui-même. L’individu s’impose alors à lui-même une certaine pression pour changer son comportement. Ce niveau d’obligation morale ressenti par les individus dépend de leurs valeurs, des informations qu’ils ont sur le sujet, mais aussi de l’intériorisation des influences sociales.

La pression sociale liée à ceux qui nous entourent est effectivement un facteur puissant et dépasse parfois nos propres principes. « Par exemple, en dehors des jours de ramassage, s’il n’y a aucune poubelle dans une rue, un individu même s’il n’est pas sensible aux questions écologiques hésitera à sortir sa poubelle au risque de se sentir coupable et à l’inverse, un individu qui souhaite respecter les consignes, sera tenté de sortir sa poubelle en dehors des jours dédiés s’il voit que tous ses voisins ont fait de même ».

Après la distribution des composteurs sur certains secteurs de Grand Poitiers, Emilie a conduit des études expérimentales en ligne pour comparer l’effet de messages qui activaient des facteurs d’influence des normes personnelles comme les conséquences du comportement, les valeurs environnementales ou les normes sociales (par exemple, est-ce que le fait de savoir que de plus en plus de personnes dans mon quartier pratiquent le tri des biodéchets m’invite à le faire également ?). Ces études encore en cours permettent de concevoir les configurations les plus efficaces pour un flyer destiné aux habitants de Grand Poitiers.

L’enquête auprès des étudiants

En continuité avec le travail entrepris avec Grand Poitiers, Émilie a supervisé les étudiants du master « Ingénierie en psychologie du comportement : intégration sociale et prévention » dans la réalisation d’une enquête sur le tri des emballages et des biodéchets sur les campus. En lien avec la DLPI*, là encore, l’objectif a été de comprendre les comportements et d’identifier les facteurs qui permettront d’imaginer des actions favorisant le tri sur les différents sites de l’université. Les étudiants ont par exemple été questionnés sur leur perception de la faisabilité du tri sur les campus (nombre de poubelles, visibilité et simplicité des consignes…) mais également sur leur niveau de connaissance de l’investissement sur ces sujets de l’université et du Crous.

Les résultats sont en cours d’analyse par Émilie et ses étudiants

Contact : emilie.guichard@univ-poitiers.fr / site web du laboratoire

 

* Direction de la logistique et du patrimoine immobilier de l’université de Poitiers

  • La vie étudiante continue sur les réseaux sociaux !