Nous avons rencontré Guillaume Bourgeois, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Poitiers co-organisateur avec John Fleming (université de Princeton), Gildas Le Voguer (université de Rennes2) et Hélène Yèche (université de Poitiers) afin d’en savoir plus sur ce colloque international.

Qui est Jan Valtin ?

« Jan Valtin est le nom de plume de Richard Krebs, un marin allemand né le 17 décembre 1905 à Darmstadt et décédé le 1er janvier 1951 aux Etats-Unis, dans un petit port situé sur la baie de la Chesapeake. Il fut d’emblée un militant rompu aux missions clandestines pour le compte de l’Internationale communiste, puis directement un agent de la police politique soviétique (le GPU) au sein du mouvement syndical des marins et travailleurs des ports durant l’entre-deux-guerres. »

Pourquoi avoir choisi Jan Valtin comme thème de ce colloque ?

« Ce colloque est surtout centré sur le personnage de Jan Valtin. C’est à la fois un homme d’action et un grand écrivain. Les événements et les hommes auxquels il a été associé sont de vrais sujets de réflexion historique. Nous allons donc nous appuyer sur son premier livre, Out of the Night (en français, Sans Patrie ni frontières), qui a tout suite trouvé un public considérable. Aux États-Unis, il fut le plus grand best-seller depuis Gone with the wind (Autant en emporte le vent). Il rentrait en plein dans l’actualité de cette époque (début 1941) où Staline et Hitler étaient encore amis ; il évoque l’histoire de l’Internationale communiste vue de l’intérieur, la montée du nazisme en l’Allemagne et la prise de pouvoir par Hitler. On est à la fois dans l’aventure personnelle, dans un style à la Jack London ou à la Joseph Conrad, et dans l’histoire avec un grand H, le tout avec un arrière-plan de service secret et d’agent double. Tant et si bien qu’on a longtemps hésité : était-ce un roman de pure fiction ou bien un véritable témoignage ? Ce n’est que récemment que nous avons acquis la certitude que c’est une véritable autobiographie. C’est d’ailleurs le premier grand témoignage sur les camps de concentration allemands vus de l’intérieur avec une description très crue de ce qu’il a enduré.

C’est un livre générationnel, qui a fait vibrer la jeunesse politisée des années Quarante à Soixante-dix. Il est moins lu aujourd’hui mais toujours édité par Actes-Sud. Il a marqué beaucoup de monde.

Nous avons imaginé ce premier très grand colloque sur la question avec nos amis de Princeton et de beaucoup d’autres universités à travers le monde mais c’est finalement à Poitiers qu’on a décidé de l’organiser. »

Pouvez-vous nous donner un exemple de questions seront abordées pendant ce colloque ?

« Il reste de nombreux points d’histoire à éclairer, tant sur son itinéraire politique que sur les questions dans lesquelles il écrit ce premier livre et les suivants. C’est également un sujet qui touche directement à des questions politiques qui restent brûlantes, et notamment aux débuts de la Guerre froide ».

Qu’elle est l’expertise de notre laboratoire sur ces sujets ?

« Au Criham (Centre de recherche interdisciplinaire en histoire, histoire de l’art et musicologie), on a une expertise particulière sur cet univers politique ainsi que sur l’histoire de la mer et des marins. Deux autres laboratoires de l’Université de Poitiers sont compétents en matière de civilisation américaine et en matière de littérature comparée : Mimmoc (Mémoires, Identités, Marginalités dans le Monde Occidental Contemporain) et FoReLLIS (Formes et représentations en linguistique et littérature).

Ce colloque donnera lieu certainement à une publication. Un site web est par ailleurs en phase d’achèvement. »

Un temps fort pendant ce colloque ?

« Outre les débats du colloque lui-même, il y aura deux temps forts, à l’Espace Mendès-France le jeudi 14 novembre :

  • A 18h, une représentation exceptionnelle au Planétarium de « My Father’s voice » par Eric Krebs, fils de Richard Krebs/Jan Valtin. Ce spectacle est bâti à partir des lettres écrites par son père, à sa mère, Abigail Harris, tandis qu’il est emprisonné à Ellis Island pour être revenu clandestinement aux États-Unis.
  • A 20h20, une projection au planétarium de L’Homme que nous aimions le plus, film de Danièle Jaeggi, prix du Jury professionnel, Festival du film international d’Histoire de Pessac (2018). »

 

Colloque international : "Rétrospective Jan Valtin"

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