La journée mondiale de sensibilisation à l'autisme vise à mieux informer sur les réalités de ce trouble du développement. On estime à environ 700 000 le nombre de personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme en France. 50% des enfants et 90 % des adultes* ne bénéficient pas d’un diagnostic correctement posé et donc d’une prise en charge adaptée. A l’université de Poitiers, une équipe du laboratoire de neurosciences expérimentales et cliniques (LNEC) s’est spécialisée dans la recherche sur l’autisme. Obélia Haïda, post-doctorante au LNEC, a réalisé sa thèse sur les aspects moteurs des troubles du spectre autistique. Elle nous explique quels sont les travaux de recherche actuellement réalisés sur cette maladie, au sein du laboratoire.

Quels projets de recherche en lien avec l’autisme sont menés au LNEC ?

Obélia Haïda : Notre hypothèse de travail est que les troubles moteurs pourraient servir de critères de diagnostic. Aujourd’hui, on se base principalement sur des tests cognitifs et des entretiens avec le patient et ses parents avec une part subjective liée à l’interprétation. Ces examens évaluent l’apprentissage et les capacités d’interprétation de l’enfant ainsi que ses aptitudes à communiquer. Des signes qui sont parfois difficilement décelables avant l’âge de 6 ou 7 ans. On pourrait imaginer des tests complémentaires et objectifs qui visent à détecter très tôt, vers 2 ou 3 ans, des problèmes de régularité de la marche ou de coordination des mouvements. Pour cela nous travaillons sur la caractérisation des déficits moteurs dans les troubles du spectre autistique afin d’envisager leur utilisation comme biomarqueur précoce.

 

Concrètement, comment travaillez-vous sur ces troubles moteurs ?

Obélia Haïda : On travaille sur des modèles animaux (souris) pour essayer de comprendre les réseaux de neurones qui sont impliqués dans les troubles moteurs. Ces modèles sont basés sur des facteurs de risque environnementaux. En effet, on sait qu’une exposition prénatale à la dépakine (médicament anti épileptique) ou que l’activation du système immunitaire de la mère pendant la grossesse suite à une infection bactérienne ou virale peuvent entrainer des troubles du spectre autistique chez la progéniture.  On traite donc les femelles gestantes avec la molécule du médicament dépakine ou avec un agent qui va mimer une infection virale et on étudie le développement des souriceaux sur le plan comportemental jusqu’à l’âge adulte, puis on observe ce qu’il se passe au niveau neuronal.

La caractérisation au niveau cellulaire des aspects moteurs a peu été étudiée. Avec cette stratégie, d’analyse des réseaux neuronaux impliqués dans les troubles du spectre autistique, nous espérons mieux comprendre ce qui pourrait en être à l’origine, pour pouvoir ensuite envisager des stratégies thérapeutiques qui cibleraient ces réseaux-là.

 

Qu’est-ce qui ressort de ces études ?

Obélia Haïda : On s’est intéressé à plusieurs régions qui contrôlent la motricité et on a remarqué sur nos modèles de souris, une perte de neurones appelée cellules de Purkinje, au sein du cervelet. On a fait des corrélations entre les dysfonctionnement moteurs et sociaux qu’on observait sur nos souris et la perte de ces neurones. Le cervelet est comme un mini cerveau. Il a un rôle dans la motricité et la coordination des mouvements mais il intervient aussi dans des aspects cognitifs, de communication, de langage, de perception de l’environnement, et sur le contrôle des émotions.

Par ailleurs, un axe important de nos recherches consiste à réaliser ces études en différenciant les mâles et les femelles. On avait jusqu’alors assez peu de données différenciées alors qu’il serait intéressant de comprendre pourquoi il y a environ 4 fois plus d’hommes diagnostiqués que de femmes. Est-ce que c’est lié à une vulnérabilité chez les garçons ou un effet protecteur chez les filles ? Sur nos modèles, au niveau cellulaire, on a une perte de cellules dans le cervelet mais qui n’est pas localisée dans les mêmes régions chez les mâles et les femelles. On va maintenant essayer d’induire cette perte de neurones dans les régions identifiées pour ensuite observer au niveau comportemental si c’est bien elles qui seraient responsables des troubles.

 

Quels espoirs sont portés par ces recherches ?

Obélia Haïda : L’autisme est une maladie complexe dont il reste beaucoup à découvrir. En s’intéressant aux troubles moteurs, nous espérons pouvoir permettre un diagnostic plus efficace et plus précoce. Nous menons également un projet de recherche en partenariat avec deux autres laboratoires de l’université de Poitiers (le Centre de recherches sur la cognition et l’apprentissage et l’Institut P’) et le Centre Ressources Autisme de l’Hôpital Laborit. Il s’agit de caractériser la marche d’enfants atteints d’autisme en utilisant des capteurs de mouvements. L’objectif est de déterminer s’il y a une marche caractéristique des troubles du spectre autistique pour établir une méthode de diagnostic. Grace à nos souris, on a démontré qu’il y avait une réduction de la longueur des pas et une surface d’appui augmentée chez les souris atteintes de TSA. On essaye de voir si l’on retrouve les mêmes caractéristiques chez les enfants.

Enfin, comprendre pourquoi les mâles sont plus atteints que les femelles nous permettrait d’améliorer nos connaissances sur la physiopathologie (tous les mécanismes impliqués) des troubles du spectre autistique. Nous espérons également que nos modèles animaux permettront d’autres analyses qui pourront être éventuellement transposables à l’homme, et notamment repérer des réseaux neuronaux qui pourraient devenir des cibles thérapeutiques.

 

* source : http://www.autisme-france.fr

Plus d’informations sur la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme

Site web du laboratoire LNEC

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