L' herbier de « Mademoiselle Corneille » : rencontre avec une oeuvre remarquable

Conservé au Fonds ancien de l’Université de Poitiers, l’herbier dit « de Mademoiselle Corneille » est constitué de reproductions à la gouache de fleurs sauvages de la région de Poitiers et d’autres provinces de la France.

Herbier dit « de Mademoiselle Corneille » - Orchis bouc

Herbier dit « de Mademoiselle Corneille » - Orchis bouc

Un herbier dont les origines sont mal connues
Nous savons très peu de choses sur les origines de cet herbier. Un papier collé sur la première page dit qu’il a été peint par Marie Corneille et a été donné à l’Université par son frère, le docteur Pierre Corneille. Mais on peut distinguer plusieurs écritures, ce qui laisse penser que plusieurs personnes ont participé à ce projet.
Les dates apposées sur les planches (pour la plupart entre 1878 et 1890, puis de 1900 à 1902) nous permettent de dater ce travail long de plus de vingt années.
La localisation de chacune des plantes, indiquée sur les feuillets, nous laisse penser que Marie Corneille vivait à Poitiers, ou non loin de cette ville. Mais nous n’en savons guère plus sur cette personne. Les ouvrages de référence consultés ne citent pas non plus son frère, que son homonymie avec le célèbre dramaturge n’aide pas à identifier.

Un travail scientifique
Presque toutes les gouaches sont datées et localisées précisément : un nom de ville et un lieu, un type de terrain (« haies », « champs calcaires », « landes », etc.), le mois et l’année de l’observation. Le nom des plantes est le plus souvent à la fois donné en latin et dans sa forme vernaculaire. Ce souci de la précision dans les informations rapportées et du détail dans le dessin, ainsi que le classement des plantes, par famille, nous laissent penser que l’entreprise avait un but scientifique, constituer un recueil de botanique ou de pharmacopée, qui s’appuyait sur les connaissances de Marie Corneille. Ce travail a pu servir d’ouvrage de référence dans l’exercice du métier de médecin. Les noms à la plume sur les pochettes ont été remplacés par des noms au crayon ; cet herbier a donc visiblement été reclassé et était un objet « vivant », qui servait.

Un herbier encore utile aujourd’hui
Vu la « fraîcheur » des dessins, il est très probable que les peintures ont été faites à l’extérieur, devant des spécimens encore en terre. La qualité du dessin est telle que l’herbier pourrait servir aujourd’hui de source dans une étude sur l’histoire des plantes : grâce à lui, il est possible de savoir que, à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, telle plante poussait naturellement dans tel lieu à telle époque de l’année.
Ce travail a également une vocation esthétique : le papier utilisé n’est pas toujours le même et sa couleur est choisie afin de créer un contraste, qui rend les couleurs et le dessin plus lisibles et très agréables à regarder.

Le don de cet herbier à l’Université par son frère permet à Marie Corneille de sortir d’un anonymat peu mérité au regard de ses talents d’observatrice et de peintre et nous conduit à la découvrir femme de sciences et de goût.

Anne-Sophie Traineau-Durozoy
Conservateur du fonds ancien, Responsable du Pôle Moyen Âge, Service commun de documentation.

Publié par webmaster

Dernière mise à jour le 16 mars 2018


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