François Mitterrand et les territoires. Sensibilité et pouvoirs

Le Colloque organisé par l’Université à l’Espace Mendès France, les 29 et 30 mars, s’inscrivait à la fois dans le Printemps des Territoires et la célébration du 20e anniversaire de la mort de François Mitterrand. Il a répondu à une approche pluridisciplinaire - historique, géographique, politique - pour appréhender les différentes dimensions du rapport de Mitterrand au territoire.

François Mitterrand et les territoires, sensibilité et pouvoirs

François Mitterrand et les territoires, sensibilité et pouvoirs

Selon François Dubasque, à l’initiative de ce colloque, pour approcher cette thématique il est nécessaire d’associer « la géographie intime de Mitterrand, sa sensibilité aux paysages qui l’entourent par exemple, et la manière dont il prend appui sur le territoire pour conquérir le pouvoir, voire l’instrumentalise à des fins de communication politique. Enfin, dernière dimension à prendre en compte : la politique territoriale menée par le président de la République à partir de 1981 ».

Une connaissance précise et intime des territoires
Les intervenants, grands témoins, proches ou collaborateurs, et universitaires partagent l’avis d’ Henri Nallet, ancien ministre, président de la Fondation Jean-Jaurès, « la connaissance intellectuelle et humaine des territoires de Mitterrand est exceptionnelle ».

Pour Michel Charasse, ancien ministre, « Mitterrand aimait toute la France, notamment les petites communes rurales ». Une affection personnelle qui a servi ses ambitions politiques « il a compris l’importance de l’ancrage local quand il était député de la Nièvre. Il a décidé de conquérir tous les pouvoirs locaux. C’est grâce à cet ancrage qu’il a été élu en 1981. ». Un ancrage et un maillage local qui a aussi nourri sa politique nationale « l’ensemble de ses mandats l’a éclairé pour comprendre. »

L’homme de pouvoir a marqué par la loi sur la décentralisation qui « en rapprochant les centres de décision des citoyens a amené l’idée d’une politique plus vertueuse » estime Yves Jean. Les lieux de mémoire mitterrandiens, « ses petites patries » se situent quant à elles parfois à la croisée des chemins de l’intime et du personnage public. Solutré en est une parfaite illustration.

Solutré : entre rituel privé et rituel public
Noëlline Castagnez, de l’Université d’Orléans, rappelle que Mitterrand gravit la roche de Solutré pour la première fois à Pâques 1946. Ce rituel privé, baptisé « le serment de Solutré » est la promesse de commémoration d’un combat commun où la belle-famille et les amis de Mitterrand se retrouvent chaque année.

L’ascension avec les « fidèles » sera médiatisée pour la première fois le 7 juin 1981. Mitterrand dit alors « je ne veux pas que ma vie personnelle devienne un spectacle. » Néanmoins, il confère à ce moment une portée symbolique en insistant sur sa volonté de s’extraire du présent et de « donner au temps sa densité »  avec une méditation au sommet de ce haut lieu historique et préhistorique. « De là, j'observe ce qui va, ce qui vient, ce qui bouge et surtout ce qui ne bouge pas. »

Les médias qualifient ce rendez-vous fixé à une date religieuse, de pèlerinage, suivi par des fidèles, vision contestée par Gilbert Mitterrand, fils cadet de l’ancien président de la République, dans son témoignage. L’ascension devient cependant un rite présidentiel qui offre à Mitterrand un moment privilégié pour diffuser quelques informations importantes lors de cette réunion informelle.

En 1991, les journalistes deviennent indésirables et le rituel de Solutré retrouve son sens premier du pèlerinage.

A la mort de Mitterrand, il devient un lieu de mémoire mitterrandienne et de pèlerinage post-mortem.

Noëlline Castagnez estime que « Solutré est une jonction réussie du sacré et du quotidien. Mitterrand a préparé son propre culte posthume. Il lui a permis de recomposer son histoire tout en s’inscrivant dans l’Histoire et en ancrant celle-ci dans des lieux symboliques. »

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Dernière mise à jour le 13 avril 2017


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