Alzheimer, un sujet de recherche original primé

Guylène Page dirige le laboratoire NEUVACOD "Unité neurovasculaire et troubles cognitif" qui travaille sur la maladie d’Alzheimer « une maladie extrêmement complexe dont les lésions se situent dans le cerveau » résume-t-elle. Jusqu’à présent, toutes les recherches se sont focalisées sur ces lésions, sans succès. La chercheuse poitevine a fait le pari d’orienter ses travaux sur un autre sujet : la barrière hémato-encéphalique. Une originalité qui lui a valu le prix de la Fondation Claude Pompidou.

Guylène Page

Guylène Page

La maladie d’Alzheimer est une maladie complexe qui met pour l’instant la science en échec. Ses causes sont inconnues. « On ne peut traiter que les symptômes ». Le diagnostic est lui aussi très compliqué. « Les outils d’imagerie permettent d’identifier la maladie d’Alzheimer uniquement lorsque les lésions sont déjà présentes dans le cerveau ». Quant au niveau thérapeutique « on peut parler de grand échec ».

Des lésions dans le cerveau

On connaît toutefois les principales lésions constatées dans le cerveau d’un patient atteint d’Alzheimer : "les plaques amyloïdes qui proviennent de la production massive de peptides amyloïdes, une protéine toxique qui s’agglutine dans le cerveau et le détériore en participant à la mort des neurones " explique Guylène Page ; les dégénérescences neuro-fibrillaires dues à une protéine appelée protéine tau. En devenant trop phosphorée, P-Tau ne remplit plus sa fonction et conduit aussi à la mort cellulaire. En parallèle « on constate une inflammation du cerveau qui stimule dans les stades précoces de la maladie, les mécanismes d’épuration de ces protéines toxiques. Mais la maladie évolue et l’inflammation s’emballe et devient elle-même à son tour toxique ».
Autre constat, « les lésions progressent dans le cerveau en suivant une trajectoire précise. Les fonctions correspondant aux différentes régions du cerveau sont altérées une à une : la mémoire, le langage, une désorientation dans le temps et dans l’espace, la reconnaissance… et les symptômes se greffent les uns aux autres ».
Toutes les recherches se sont jusqu’à présent focalisées sur le cerveau « pour chercher à freiner la production de protéines toxiques ». Le Professeur Page s’est interrogé sur d’autres mécanismes.

La barrière hémato-encéphalique modélisée

« Mes travaux portent sur la barrière hémato-encéphalique. Elle assure une fonction de filtre entre le cerveau et le sang périphérique. Dans la maladie d’Alzheimer, elle ne remplit plus son rôle. Des cellules sanguines passent dans le cerveau. On cherche à comprendre pourquoi ».

Depuis 2012, Guylène Page et son équipe, composée actuellement de 17 statutaires et 4 thésards, cherchent à comprendre l’altération de cette barrière complexe. Mais avant d’entamer des travaux, il a fallu la modéliser in vitro, « ce qui a nécessité de comprendre sa physiologie ». Le modèle a été soutenu financièrement par la SATT - Société d’Accélération de Transfert Technologique - pour une maturation. Un brevet a été déposé en France en août 2017, suivi d’une extension à l’international en août 2018.

C’est également cette modélisation qui a valu au laboratoire le prix de la Fondation Claude Pompidou, doté de 100 000 €. « Il récompense la création de cet outil à partir duquel des recherches vont pouvoir être menées. La dotation va permettre l’acquisition de matériel et d’équipements de haute technologie pour accélérer la production de nos modèles cellulaires ».

Des axes de recherche pertinents

La question à laquelle l’équipe du Professeur Page va maintenant s’appliquer à répondre est de savoir « si une barrière malade peut induire un cerveau malade ». Une question dont de récentes expérimentations aux Etats-Unis semblent confirmer la pertinence. En effet, ils ont mis en évidence que des souris atteintes d’Alzheimer auxquelles on transfuse du sang de souris saines voient leur état s’améliorer et à l’inverse des souris saines auxquelles on transfuse du sang de souris Alzheimer développent les stigmates Alzheimer.

L’originalité de la recherche a par ailleurs été saluée lors de la remise du prix de la Fondation Claude Pompidou par le Professeur Bruno Dubois, neurologue mondialement reconnu pour ses travaux sur Alzheimer.

Site web du laboratoire : http://neuvacod.labo.univ-poitiers.fr

Publié par webmaster

Dernière mise à jour le 24 octobre 2018


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